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Le nom « Tehuelche », « chewel che », est un mot issu de la langue mapuche, le mapudungún, qui signifie « personne brave » correspondant à la race des peuples indigènes de la Pampa argentine. Ce vocable désigne l’ensemble des peuples amérindiens qui habitaient la Patagonie argentine et la région pampéenne d’Amérique du Sud.

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Représentation d’un campement tehuelche

En ce qui concerne leur origine, diverses hypothèses s’opposent. Celles-ci, formulées par des experts, des missionnaires et des aventuriers, tendent à regrouper les nombreuses ethnies indigènes des régions pampéennes au sein du groupe des Tehuelches et ce, car elles leur étaient apparentées culturellement, géographiquement et linguistement. En 1520, les Tehuelches furent nommés indiens patagons par Antonio Pigateffa, un noble italien de la Renaissance, explorateur, géographe et chroniqueur, qui avait participé à la découverte des Amériques. Patagons n’est pas la seule dénomination leur ayant été assignée. Plusieurs nomenclatures sont employées.

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Indien tehuelche à cheval devant un campement

La classification des peuples indigènes qui ont vécu dans la Pampa et en Patagonie – nommés génériquement Tehuelches – est compliquée car leurs représentants et leurs descendants ont disparu, laissant peu de traces, mais également car les extensions géographiques vastes sur lesquelles ils vivaient, ont rendu difficile tout contact avec les explorateurs. En outre, les scientifiques ont souvent été induits en erreurs à cause de leurs mouvements migratoires saisonniers. Par conséquent, l’étude de la distribution linguistique et leur nombre ont été mal évalués. La Conquête espagnol a ensuite modifié d’un point de vue culturel les indiens de la Pampa argentine et les indiens Mapuches auxquels ils se heurtèrent et a transformé leur réalité. Parallèlement à ce phénomène d’acculturation, les gênes des Tehuelches furent modifiées.

Les Tehuelches, selon les spécialistes, étaient séparés par le Rio Chubut, un fleuve de Patagonie argentine, selon deux grandes divisions : les Tehuelches méridoniaux qui s’étendaient jusqu’au détroit de Magellan, et les Tehuelches septentrionaux jusqu’aux fleuves Colorado et Negro. Toutefois, il existe une polémique quant à leur présence ou non dans la région de la Pampa.

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Indiens tehuelches de la Patagonie

Selon Federico Escalada, dans son livre de 1949 « El Complejo tehuelche. Estudios de etnografía patagónica », les indiens Tehuelches peuvent être classés en cinq grandes catégories, chacune parlant sa propre langue. La classification d’Escalada répartie entre les Tehuelches insulaires et les Tehuelches continentaux ne retient pas l’idée de l’existence d’une catégorie séparée dénommée « Pampa ».

Selon Escalada, les Tehuelches insulaires, situés sur la Grande Ile de Terre de Feu comprennent les lesindiens Seknams ou Onas, eux-mêmes présents dans les steppes septentrionales de l’île, et les indiens Haush de la péninsule Mitre. Les Tehuelches du continent comprennent les indiens « Aoni-kenk », composante méridoniale des Tehuelches qui habitait la zone comprise du détroit de Magellan jusqu’au fleuve Chubut en Argentine et jusqu’à la province de Palena au Chili. Leur langue était appelée par Escalada, « aoniko áish »

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Enfant tehuelche à cheval dans la pampa de patagonie

Sur le continent, on retrouve un autre branche tehuelche nommée « Chehuache-kénk », située dans le centre de l’Argentine, dans les vallées de la cordillère et de la précordillère depuis le lac Buenos Aires et le lac Fontana jusqu’au lac Nahuel Huapi. Leur langue fut appelée par Escalada, la langue « teushen ». Enfin, la composante septentrionale des Tehuelches est représentée par les « Guénena-kéne » qui se trouvaient du nord du rio Chubut et du rio Negro au sud-ouest de la province de la Pampa. Leur langue était la langue gününa yájitch.

Une autre classification qui remet en cause celle de Federico Escalada a été élaborée par l’anthropologue argentin Rodolfo Casamiqueta au 20e siècle. Elle incorpore aux Tehuelches, les indiens « Hets » et « Querandies ».

Pour Casamiqueta, parmi les Tehuelches insulaires, on retrouve les Onas ou Selknams et les Haush en Terre de Feu, les premiers au nord-est et dans la péninsule Mitre et dans les baies Thetys et Fathey, les seconds éteints. Deux composantes méridionales composent les Tehuelches continentaux : les Tehuelches austraux, les « Aónik’enk », « Patagons » ou « Chewelches » qui habitaient une zone allant du détroit de Magellan au rio Chubut. En second lieu, les Tehuelches boréaux sont aussi compris au sein des Tehuelches continentaux, ils sont appelés « Mech’arn » et on les retrouvait du fleuve Santa Cruz jusqu’au fleuve Chubut.

Pour les Tehuelches septentrionaux, Casamiqueta élabore deux catégories : les Tehuelches septentrionaux austraux qui se nomment «Gününa kena pampas », « Chewelches », « Williches », ou « Puelches ». Ils vivaient dans une zone comprise entre les fleuves Negro et Limay et le fleuve Chubut ainsi que les provinces de Buenos Aires, Cordoba, Santa Fe et au sud-ouest de la Pampa. Enfin, l’anthropologue classe parmi les Tehuelches septentrionaux boréaux, les «Querandíes et les «Puelches» au nord du fleuve Neuquén.

Les diverses ethnies intégrant les Tehuelches parlaient chacune langue appartenant au groupe « tshonk ». Ces ethnies possédaient un tronc linguistique commun, nommé par Federico Escalada, « ken », signifiant « personne ». Jusqu’au 19e siècle, on admettait en Argentine, plusieurs langues de racine tehuelche. En effet, la langue tehuelche, parlée dans toute la Patagonie, est apparentée à celle des Haush et des Selknams.

Le commissaire chilien Guillermo Cox, fils de Gallois envoyé en 1862 par son gouvernement à la recherche de nouvelles routes interocéaniques, auteur de « Voyage dans les régions septentrionales de la Patagonie, 1862-1863 » a décrit la langue tehuelche comme suit : « Ce que nous pouvons observer au sein de ce peu de paroles, c’est que se suivent souvent, deux, trois et jusqu’à 4 consonnes, ce qui fait de la langue tehuelche, un idiome assez rude. J’ai entendu dire que le polonais contenait beaucoup de consonnes. Cependant, je dois avouer que cette langue, en comparaison aux sons discordant de la langue des Patagons et des indiens de la Pampa, me semble être de la musique. Dans la langue tehuelche, toutes les lettres se prononcent comme en espagnol, à l’exception du « u » qui ressemble à un « u » anglais comme dans « cup » ».

Avant l’arrivée des conquistadores, les Tehuelches comme beaucoup de peuplades indigènes, avaient un mode de vie basée sur la chasse et sur la collecte de fruits. Ils se déplaçaient en fonction des saisons mais également selon les trajectoires des lamas, leur principale source de viande. Les indiens Tehuelches étaient habiles dans la construction de projectiles et d’outils en os. Sous l’influence du contact avec les conquistadores emmenés par Fernand de Magellan en 1520, les Tehuelches seront appelés par ces derniers « Patagons ». Les colons les voient comme des « Patagons géants », selon les descriptions rapportées par Antonio Pigafetta. Les premiers explorateurs de la Patagonie furent dans un premier temps surpris par la trace immense de leurs pieds, agrandis à cause des peaux qui les enveloppaient.

Outre ce détail physique, ils étaient caractérisés par leur haute taille, ce qui leur valu d’être représenté abondamment dans la littérature exotique européenne du 16e, 17e et 18 e siècle. Le comte Louis-Antoine de Bougainville les décrit lors d’un voyage au 18 e siècle, comme « de bonnes gens qui parurent très joyeux lors de notre arrivée (…) d’une belle taille ; parmi ceux que nous avons vus, aucun n’était au-dessous de cinq pieds cinq pouces, ni au-dessus de cinq pieds dix pouces »

Comme pour beaucoup d’autres peuples indigènes latino-américains, le contact avec les Espagnols leur fut fatal. Non seulement se produisirent divers changements culturels mais les colons apportèrent avec eux des maladies telles que la vérole, la peste et la rougeole, et celles-ci leur furent fatales.

Les indiens tehuelches n’avaient pas de structure sociale très développée et dès lors, comme c’était le cas pour beaucoup d’autres ethnies, leur système religieux n’était pas non plus très organisé. Toutefois, comme pour les indiens de la région de la Pampa, ils ont développé des croyances basées sur des mythes et des rites propres. Les chamanes étaient chargés d’entretenir et de transmettre ces croyances, de soigner les membres de la communauté à l’aide des esprits qu’ils invoquaient. Les Tehuelches vénéraient des esprits telluriques ainsi qu’une déité suprême créatrice du monde nommée « Kóoch », divinité à la base des autres mythologies tehuelches. Les Tehuelches croyaient que cette déité vivait enveloppée dans les ténèbres, accablées par une immense solitude et que ses abondantes larmes étaient à l’origine de la création de l’océan. Ses soupirs avaient, selon les indiens, créé le vent qui avait lui-même avait engendré les îles.

Au 17e et 18e siècle, les indiens tehuelches furent confrontés à la pénétration des Mapuches sur leurs terres. Les Mapuches entrèrent par l’est des Andes à la recherche de nouvelles ententes commerciales et d’alliances. C’est de cette manière qu’ils influencèrent culturellement et biologiquement les Tehuelches. On parle d’ailleurs d’ « araucanisation » (en référence à la terre chilienne des Mapuches) de la Pampa et de la Patagonie. Les Tehuelches adoptèrent ainsi les coutumes et la langue mapuches et les Mapuches s’inspirèrent eux aussi du mode de vie tehuelche, ce qui provoqua une sorte de symbiose et une indifférenciation entre ces deux groupes.

A partir de la moitié du 19e siècle, plusieurs membres de groupes tehuelches furent capturés et déportés contre leur volonté dans des pays européens comme la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, la France ou encore l’Angleterre où ils furent enfermés dans de véritables zoos humains. La conquête du désert par l’armée argentine joua également un rôle dans la disparition presque totale des communautés indigènes tehuelches.