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Aux côtés de la culture et de la presse plurielle et diversifiée, coexistent au Chili une culture de masse, une industrie du spectacle appelée « farandula » et un journalisme du cœur comme certains aiment le nommer. La « farandula » englobe l’ensemble des programmes et publications au sujet des personnalités du Chili et de leur quotidien fait de déboires, réussites ou tout simplement de ragots. La presse du cœur (« Prensa del corazon ») ou « presse rose » fait référence aux supports de presse qui vivent des évènements touchant de près ou de loin aux célébrités de télévision, de cinéma, de séries ou de programmes de téléréalité.  

Glamorama, magazine en ligne de la spère "farandulesque" chilienne

Glamorama, magazine en ligne de la spère « farandulesque » chilienne

Cette presse people avide de scandales et de sensationnalisme a fait son apparition au Chili aux environs des années 2000, principalement à partir de 2002, époque à laquelle elle a connu un essor considérable avec des programmes tels que SQP, Primera Plano ou encore Secretos a voces. Cependant, il faut souligner que ce type de presse avait déjà fait ses premiers pas dans des publications des années 70 telles que les revues Cosas (1976) ou Caras (1980) qui se sont intéressées à certains aspects du vécu de personnalités, thématiques qui se mélangeaient a l’actualité et à la vie sociale. Plus tard, dans les années 90, plusieurs évènements abondamment diffusés par la presse locale chilienne vont encore faire croître ce type de presse, parmi ceux-ci, le mariage du sportif automobile Eliseo Salazar avec l’ancienne Miss Chili Raquel Argandoña en 1984 ou encore l’union entre la Miss Univers chilienne Cecilia Bolocco et de l’acteur nord-américain Michael Young. En 1995, apparaitra le premier programme matinal de « farandula » sur la chaîne de télévision nationale TVN, réalisé par le journaliste Carlos Tejos qui revenait d’Argentine. Tejos était déjà connu du monde de la presse « farandula » car il était à la tête de la revue Cosas. Il inspirera d’ailleurs le personnage Yerko Puchento de l’acteur Daniel Alcaino, un critique et communicateur social spécialiste de farandula. La figure de Yerko reprendra ainsi de Tejos son vocabulaire et de nombreuses expressions tels que nous « Nous sommes le seul média ».  On considère au Chili que l’apogée de la « farandula » se situe en 1999 lorsque le journal La Tercera consacra sa Une à une dispute dans une discothèque de deux personnalités connues du petit écran. Le fait que cette histoire épuise les tirages du journal confirme cette apogée. Dans les mois qui suivirent, plusieurs petits journaux changèrent leur format afin de cadrer davantage avec ce type de nouvelles. 

Autre magazine en ligne sur la farandula chilienne: Te Caché- ce qui veut dire en français, je t'ai compris.

Autre magazine en ligne sur la farandula chilienne: Te Caché- ce qui veut dire en français, je t’ai compris.

Actuellement, plusieurs organes de presse écrite se consacrent au traitement et à la diffusion de ce type d’actualités. Il faut souligner également que ces dernières années, Internet a joué un rôle majeur dans ce domaine. Des sites comme Terra.cl incluent dans leurs nouvelles les évènements qui touchent de près ou de loin les stars de la télévision chilienne en recherchant toujours le côté « sexy » de l’évènement.  Sur les Unes de ces journaux et en première page des portails internet, il est habituel de voir des « peoples » qui adoptent des poses suggestives. Le traitement érotique de la vie des stars est très présent dans la société chilienne. Dans une société profondément croyante, cet état de fait a d’ailleurs motivé une prise de position de l’Eglise lors d’un te Deum évangélique en 2007, qui déclara : « La presse de la farandula montre le pire visage de l’être humain ». 

Les conséquences de cette position dominante de la presse people au sein de la société chilienne sont préjudiciables pour la jeunesse. En effet, nombre de programmes de télé-réalité et d’émissions de variétés offrent des contenus centrés sur la plastique et le physique des stars érotisé. Ces programmes sont diffusés en fin d’après-midi sur presque toutes les chaînes de télévision chilienne.  La place de la télévision est importante au Chili, les Chiliens la regardent en moyenne la télévision trois heures par jour. Cependant, l’opinion publique critique depuis un certain temps ces programmes considérés comme  un reflet superficiel d’une jeunesse régulièrement érotisée. Ainsi, beaucoup d’organisations citoyennes exigent de la part des institutions correspondantes une meilleure régulation de ces émissions. 

Outre l’érotisation constante de la société, la farandula est coutumière de scandales concernant la reproduction des pires clichés de la société chilienne. Ainsi, il n’est pas rare de voir des personnalités condamnées pour des propos discriminatoire. Par exemple, en 2013, la marionnette Murdock déclencha une vague de critiques pour une anecdote antisémite qui choqua non seulement la communauté juive mais également l’opinion publique affirmant que les « Juifs étaient de meilleurs combustibles que le bois ». Par ailleurs, des humoristes chiliens reproduisent souvent les amalgames concernant la communauté homosexuelle ou font également preuve de racisme lorsqu’ils évoquent les Boliviens ou les Péruviens avec lesquels le Chili se querelle pour des questions frontalières et maritimes ou encore le peuple mapuche en dispute avec l’Etat chilien pour la spoliation des terres ancestrales. 

Les experts jugent de piètre façon les contenus de la télévision au Chili. Par ailleurs, la volonté des producteurs de télévision et leur peu d’intérêt pour modifier ces contenus. Même la chaîne télévisée nationale publique est dans leur collimateur car elle offrirait une quantité indigne de la qualité d’une chaîne publique. Pour ces spécialistes, même les chaînes nationales gratuites (différant des chaînes du câble payantes) sont un exemple de vulgarités et de clichés, pour d’autres, elles ne sont que l’exemple de la décadence culturelle d’un peuple qui s’éloigne de la beauté consécutivement à une pénurie et à une soumission intellectuelle qui se doit à la ségrégation sociale de la société et à la crise dans l’éducation publique. Le manque d’idées novatrices des programmes du petit écran sont également pointées du doigt. Au sein de ce débat d’éthique et d’esthétique, on peut se demander comment se fait-il que malgré, la télévision chilienne fasse des scores d’audience plus que raisonnables. Les observateurs estiment que la télévision au Chili est une industrie en crise et soulignent que celle-ci a perdu ces dernières années 25% de son audience. Ainsi, le succès relatif de la télévision chilienne peut être considéré comme le maintien d’une gestion à la défensive qui s’intéresse à un secteur de la population peu éduqué qui a besoin de pallier un type de solitude en allumant cet appareil pour sentir un bruit de fond. Pour les observateurs, il existe un public au Chili qui s’amuse de la farandula et de sa vie privée, de ses aventures sentimentales. Ces personnes sont des personnes âgées, pauvres, en quelque sorte des analphabètes digitaux  qui n’ont pas la possibilité et les moyens d’avoir accès à un autre type  de contenus comme les générations plus jeunes. Le fait que ce public soit peu apte à comprendre et à analyser ce qui lui est offert comme contenus motivent les chaines de télévision, conscientes du potentiel d’audience, à leur donner un certain type de divertissement dans un langage narratif beaucoup plus basique.  Le problème est que ce secteur de la population s’éloigne de la réalité d’un pays car il n’est pas capable d’accéder à de meilleurs contenus audiovisuels sur le câble ou sur Internet.  

http://www.elmostrador.cl/cultura/2013/10/22/clasismo-racismo-y-basura-el-duro-diagnostico-de-los-expertos-sobre-la-television-abierta-en-chile/