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La première publication écrite périodique ou journal à avoir vu le jour au Chili est le quotidien « La Aurora de Chile » dont le premier exemplaire fut publié le 13 février 1812 et dont le tirage dura jusqu’au 1er avril 1813, date à laquelle il prit le nom de « Monitor Araucano ». 

Couverture du journal El Mercurio après le coup d'état de 197

Couverture du journal El Mercurio après le coup d’état du 11 Septembre 1973.

Actuellement, la plupart des publications chiliennes écrites sont distribuées durant toute la semaine, hebdomadairement ou par quinzaine. La majorité des journaux chiliens sont associés à l’Association Nationale de Presse. Au Chili, on distingue généralement les journaux nationaux à gros tirage des petits périodiques de circulation régionale. Les premiers sont édités à Santiago, il s’agit du Mercurio, le plus vieux journal d’Amérique Latine, de Las Ultimas Noticias, de La Cuarta, de La Tercera, du Mostrador (presse indépendante de gauche), du Diario Financiero. Un cas spécial est celui du journal La Segunda qui, malgré le fait qu’il soit distribué principalement à Santiago, est également diffusé dans les villes de Valparaiso et d’O’Higgins. A côté de ces journaux de groupes de presse importants, existent une série de journaux gratuits, c’est le cas de Publimetro ou encore de La Hora. Le Chili compte une kyrielle de journaux régionaux comme La Estrella de Arica, de Iquique, etc. ou encore les versions régionales du Mercurio. Enfin, le Chili possède également sa presse indépendant avec plusieurs journaux qui ont, durant les dernières années, gagné un public plus important et son amplement diffusés via Internet. 

La couverture du journal populaire Ultimas Noticias au lendemain du sauvetage réussi des mineurs de Copiapo.

La couverture du journal populaire Ultimas Noticias au lendemain du sauvetage réussi des mineurs de Copiapo.

Au Chili, la presse écrite et le journalisme sont apparus peu de temps après l’invention de l’imprimerie. Toutefois, même si la présence de l’imprimerie est attestée au Chili au 18e siècle, dans un premier temps, celle-ci ne disposait des machines typographiques nécessaires pour pouvoir publier des textes de plus d’une ligne. Par ailleurs, l’imprimerie a d’abord servi la cause religieuse, notamment avec la publication de citations ou encore d’oraisons. Ainsi, on suppose que le début de la presse au Chili remonte à l’année 1812, date à laquelle commença la publication du journal « La Aurora de Chile » grâce à une machine importée d’Europe par le Frère Camilo Henriquez, qui permit de publier avec un volume beaucoup plus large. Dès cette année, plusieurs publications de presse locale virent le jour sous la forme de journaux, périodiques, revues, bulletins, annuaires et autres documents officiels. Lors de l’Indépendance du Chili, en 1818, la presse devint également une manière de diffuser les diverses idées politiques et sociales des parties concernées. La presse joua alors un rôle important dans la construction de l’opinion publique et aida ainsi à la constitution de l’Etat républicain.  

 

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Couverture du journal El Mercurio au lendemain de la mort du dictateur.

Entre 1842 et 1872, période connue au Chili comme l’incorporation des groupes libéraux, la presse au Chili connut un processus doctrinaire car les publications ressemblaient davantage à des outils de propagande des diverses idéologies qu’a des agents de presse chargés de la divulgation de nouvelles. Ainsi, d’une part, les journalistes étaient davantage considérés comme des idéologues et propagandistes d’un idéal politique que comme des témoins de faits diffusés ensuite à des fins informatives, expliquent les experts. Face à ce constat, les périodiques et revues décidèrent d’accroître leur rôle éducatif et de diffusion de la modernité au travers de la création d’un espace de liberté ou il fut possible d’exprimer, de manière autonome, la parole de chaque individu. Par conséquent, les groupes conservateurs et réactionnaires chiliens réagirent négativement face à ces propositions, dénonçant une atteinte à la morale et aux conduites considérées comme décentes, ces dernières respectant les schémas culturels traditionnels et permettant le maintien de l’ordre social. Ainsi, les deux camps eurent leurs revues, journaux et périodiques. En 1872, une nouvelle Loi d’Imprimerie fut approuvée, ce qui permit de promulguer la liberté journalistique tout en donnant un nouveau souffle au développement de la presse locale. Pendant ces années, la pensée libérale s’imposa sur l’échiquier politique du Chili et avec elle, une période d’hégémonie culturelle, économique et sociale. Les libéraux abandonnèrent le journalisme de « tranchée » et optèrent pour un type de nouvelles légères et de divertissement afin de maintenir cette hégémonie culturelle parmi les secteurs sociaux traditionnels et de marginaliser des groupes de presse émergents tels ceux du mouvement ouvrier, des bureaucrates et des nouveaux professionnels.  

Couverture du journal satirique The Clinic.

Couverture du journal satirique The Clinic.

Lors de la guerre civile de 1891, le journalisme moderne du Chili devint l’outil qui permit de constituer la conception libérale et moderne de la presse en tant qu’organe informatif, véritable marché pour lequel se disputèrent plusieurs groupes de presse écrite. Cette libéralisation de la presse donna lieu à des innovations technologiques constantes qui permirent de réaliser des tirages à moindres coûts et d’incorporer de nouveaux supports iconographiques qui diversifièrent l’offre. Un des principaux acteurs de cette période de libéralisation fut sans aucun doute Agustin Edwards Mc Clure, fondateur du journal conservateur El Mercurio, le plus ancien d’Amérique Latine, en 1900 et d’une foule de revues destinées à un public chaque fois plus spécifique. Grâce à un journalisme informatif basé sur l’objectivité du récit des faits et sur des opinions limitrophes, la presse chilienne du début du 20e siècle acquit ses lettres de noblesse avec des publications périodiques qui informaient sur des thèmes aussi divers que  les lois, les règlements, l’économie, la politique internationale, la mode, la littérature, la vie sociale, le théâtre, le cinéma, la musique, l’art et la culture en y incorporant un aspect publicitaire au travers d’une variété d’offres. 

Auparavant, durant les premières décennies du 20e siècle était apparu également tout au long du pays une foule de périodiques ouvriers. La plupart de ces publications furent sporadiques et de tirages faibles, raison pour laquelle seules quelques-unes purent persister dans le temps. Pour les organisations ouvrières de l’époque et les mouvements sociaux, la presse avait une importance considérable car il s’agissait d’un moyen non seulement pour diffuser l’information mais également d’un vecteur d’éducation et de formation à la conscience ouvrière.  Ainsi, la presse constituait l’espace où pouvaient s’exprimer les diverses idéologies qui gagnaient du terrain parmi les travailleurs. De cette manière, chaque organisation politique possédait son organe de diffusion avec comme lignes éditoriales principales, des tendances anarchistes, socialistes et démocrates-populaires. Leurs publications ont ainsi constitué un témoignage important pour la reconstruction historiographique de la culture politique des travailleurs depuis la fin du 19e siècle au Chili. La première revendication de la presse ouvrière chilienne concernait les mauvaises conditions de travail, conséquences de l’exploitation des travailleurs victimes. Un autre objectif central de la presse des travailleurs était l’éducation et la moralisation des ouvriers. Par exemple, nombre d’articles de cette presse concernaient la lutte contre l’alcoolisme et la prostitution. De cette façon, dans ces publications périodiques et occasionnelles, la question sociale prenait de l’ampleur. Les journalistes de la presse ouvrière réalisaient leur travail par conviction politique et cette activité ne leur apportait aucune ressource financière.  La plupart du temps, ils étaient assignés en même temps aux postes de journalistes, de directeurs, de typographes et de vendeurs de leur propre média comme, par exemple, Luis Emilio Recabarren, le père du mouvement ouvrier, ou encore l’anarchiste Alejandro Escobar y Carvallo

Etant donné les pressions des différents groupes sociaux, dès la première décennie du 20e siècle, l’idée d’un Etat-providence prit de plus en plus forme au Chili. C’est dans ce contexte et ce, jusqu’en 1970, lors de l’élection de Salvador Allende en tant que Président du Chili, qu’apparut un nouveau type de journalisme national. Au sein de ce marché de la presse, coexistèrent des publications qui plaidaient pour une culture propre ainsi que des publications inspirées du modèle de communication de masse nord-américain qui se chargeaient de la diffusion parmi la population chilienne des prototypes de vie bourgeois. Ces deux blocs se disputèrent pendant longtemps le lectorat croissant et destinèrent de grands capitaux de l’Etat et privés à l’utilisation de nouvelles technologies afin de permettre l’expansion de la presse sur tout le territoire national. De cette manière, l’industrie des médias de masse acquit au fil du temps les caractéristiques du modèle entrepreneurial et de marché dans lequel la publicité eut un rôle de premier plan pour chaque entreprise. Cette dynamique eut un effet négatif sur la diversité des publications et des opinions car beaucoup de petites entreprises ne purent résister face aux géants de la communication tels que le journal El Mercurio qui finirent par absorber tout le marché informatif. 

Face à ces transformations, le travail de journaliste se professionnalisa à travers la fondation de diverses écoles qui commencèrent à enseigner les rudiments de la profession. En même temps, le journaliste professionnel commença à dépendre des grandes entreprises de communication et des lignes éditoriales, ce qui finit par subordonner ses propres opinions à ceux de l’entreprise pour laquelle il était fonctionnaire.  

De nos jours, plusieurs critiques estiment que la presse au Chili est de droite. En effet, les publications de droite et de centre-droite abondent et sont aux mains de grands groupes financiers tels que El Mercurio ou encore Copesa. Dans le domaine de la radio, 70% des concessions sont contrôlées par le groupe espagnol Prisa, groupe un peu plus progressiste que la presse écrite. En télévision, la majorité des médias ont une ligne éditoriale de droite ou de centre-droite et appartiennent à de grands groupes financiers. 67% du Canal 13  de l’Université Catholique appartient au groupe Luksic, une des familles les plus riches du Chili, 22 médias appartiennent à Edwards dont le soutient à la dictature de Pinochet a été démontré, Chilevisión appartient à la Time Warner, Megavisión au groupe Claro. Seule TVN, la télévision nationale, conserve un peu d’indépendance mais avait, lors de la présidence de droite du Berlusconi chilien Sebastian Piñera, au sein de son conseil d’administration des sympathisants de celui-ci. Le monde de la radio est subordonné au monde politique. Un des cas les plus notoires est celui de la radio Cooperativa, de ligne éditoriale centriste, qui appartient à des entrepreneurs démocrates-chrétiens. Par ailleurs, la radio Bio-Bio reste une station qui pratique un journalisme critique mais sans ligne éditoriale définie. En ce qui concerne les médias de gauche et centre-gauche, ils n’en existent pas de vraiment puissants et ayant une audience importante et ce, par faute de ressources économiques. Toutefois, le Chili possède un certain nombre de parutions « critiques » issues du monde de la gauche chilienne : Punto Final, organe rapproché du Parti Communiste, El Ciudadano, The Clinic, Cambio 21, El Periodista ou encore El Mostrador…  Au sortir de la dictature de Pinochet, la gauche, proie d’un sectarisme interne, n’a pas été capable de créer des médias puissants, situation qui se maintient encore de nos jours. Toutefois, durant les années précédant cette époque, les publications de centre-gauche et de gauche abondaient et la situation actuelle est en quelque sorte le résultat de la transition sans rupture avec l’héritage du gouvernement militaire qui est encore en vigueur dans plusieurs aspects de la société au Chili.